Étude du milieu de l’éducation
Introduction
Objectifs :
• Circonscrire le « milieu de l’éducation »
• Définition des termes-clés
• Comprendre les enjeux de société de l’éducation
L’objectif de ce premier cours est principalement de circonscrire le « milieu de
l’éducation » (le délimiter), mais surtout élargir ce « milieu » que les étudiants
restreignent souvent à l’école (ou le système éducatif)
Les milieux éducatifs sont nombreux mais dans le cadre de cette UE Étude du milieu
éducatif on ne pourra pas tout étudier. On est obligé de se limiter, mais pas seulement
à l’école. Donc élargir ce domaine mais tout en le restreignant du fait d’une
contrainte temporelle.
I. Fiches RNCP Licence / Master
Licence éducation et motricité
Extrait :
« Le titulaire de la licence spécialité « éducation et motricité » relevant de la filière
« STAPS » a vocation à enseigner les activités physiques, sportives et d’expression
dans tout établissement ou structure à vocation éducative.
Il conduit et anime des actions collectives visant la pratique de ces activités dans un
but éducatif
Il exerce en autonomie une activité d’intervention en assurant la sécurité des
pratiquants et des tiers. »
MASTER Spécialité « éducation et formation par les APSA » à avoir en TD
(partie 2 métiers et compétences)
« Fonctions de pilotage, d’expertise, de conseil et de supervision des programmes
d’intervention et d’éducation par les APSA »
= Cadre supérieur
Détail des activités, tâches, compétences à voir en TD (partie 2 métiers et
compétences)
On voit donc apparaître plusieurs verbes « d’action » dans ces 2 fiches RNCP, en
particulier pour celle relative à la Licence : enseigner, éduquer (éducatif, éduquer),
animer, conduire et intervenir (intervention)
Important, certains sont absents : entraîner, École (ou système scolaire)
II. Première définition
Étymologiquement le mot « éducation » est directement issu du latin educatio de
même sens, lui-même dérivé de ex-ducere (ducere signifie conduire, guider,
commander et ex, « hors de ») : faire produire (la terre), faire se développer (un être
vivant).
L’éducation est donc l’action de « guider hors de ». Les questions qui se posent alors
sont : « guider quoi ? » et « hors de quoi ? » : hors de l’état « sauvage » :
Passage de l’être biologique qu’est l’enfant à l’être social (Durkheim, 1922,
Éducation et sociologie)
Faire acquérir à l’enfant des caractéristiques humaines et sociales
(http://www.memo.fr)
« L’éducation est l’action exercée par les générations adultes sur celles qui ne sont
pas encore mûres pour la vie sociale. Elle a pour objet de susciter et de développer
chez l’enfant un certain nombre d’états physiques, intellectuels et moraux que
réclament de lui et la société politique dans son ensemble et le milieu spécial auquel
il est particulièrement destiné… Il résulte de la définition qui précède que l’éducation
consiste en une socialisation méthodique de la jeune génération » (Durkheim,
Éducation et sociologie, p. 51).
Cette notion est étroitement liée à celle de Socialisation, « processus par lesquels les
individus s’approprient les normes, valeurs et rôles qui régissent le fonctionnement
de la vie en société ». Muriel Darmon (2006) La socialisation, Ed. Armand Colin,
collection 128.
http://www.toupie.org/Dictionnaire/Education.htm
« L’éducation est l’action de développer un ensemble de connaissances et de valeurs
morales, physiques, intellectuelles, scientifiques, etc. considérées comme essentielles
pour atteindre le niveau de culture souhaitée. »
On le voit à travers ces définition, on a l’habitude d’utiliser le terme éducation pour
l’enfant et l’adolescent. Mais la définition large que l’on vient de donner ci-dessus
s’applique également à l’adulte : la transmission de savoirs a lieu à tous les âges de la
vie (ex : université des séniors, expérience accumulée dans un métier, apprentissages
quotidiens liés à la vie comme traverser une rue en sécurité ou gérer son budget,
découverte d’une nouvelle activité sportive, d’un nouvel appareil numérique).
En résumé
L’éducation de l’individu (et plus particulièrement de l’enfant et de l’adolescent) se
déroule pas que à l’école et pas seulement durant l’enfance :
- D’abord dans la famille : l’éducation parentale
- l’école (l’état) : l’éducation scolaire
- l’église : l’éducation morale, philosophie
- le travail
- les amis : la « co-éducation »
- les moyens de communication (télé, radio, internet) : « l’auto-éducation »
- etc.
On peut également différencier l’éducation « formelle » / « informelle » - formelle : c’est l’éducation scolaire, c’est-à-dire « rationnelle » au sens de
programmée, réfléchie (choix explicites), hiérarchisée. Elle a principalement
lieu à l’école mais il existe aussi d’autres lieux d’éducation « réfléchie »,
programmée (leçons de conduite, clubs sportifs, écoles de musique, école de
ski) - informelle : c’est l’éducation quotidienne, à tous moments, dans tous les lieux
(famille, amis, travail, tous types de lieux en société : la plage, sur la route,
etc.), qui se fait de façon spontanée, non programmée, aléatoire (selon les
expériences de vie).
L’organisation de l’éducation « rationnelle », formelle (programmée, hiérarchisée) et
de l’enseignement a longtemps été le monopole des religions qui ont ainsi pu
transmettre de génération en génération leur vision du monde et de la morale.
En France, inspirée par les Lumières du XVIIIème siècle, la séparation de l’éducation
« rationnelle » (enseignement) par rapport à la religion a commencé avec la
Révolution et a permis à l’État d’assumer progressivement au XIXème siècle cette
responsabilité en matière d’instruction devenue publique, laïque et gratuite.
III. Enjeux : pourquoi éduquer ?
L’éducation est universellement considérée comme quelque chose d’essentiel en tant
que moyen de transmission d’une génération à l’autre des savoirs humains accumulés
dans l’histoire de l’humanité afin de :
• garantir la paix grâce à une cohésion sociale (les personnes ont des règles et
cultures communes)
• épanouissement personnel (développement de la personnalité) ;
• intégration sociale de l’individu (éviter l’exclusion sociale).
Donc l’éducation semble une évidence, comme quelque chose de « naturel »
Mais revenons plus complètement sur ces « raisons » d’éduquer. A quoi ça sert
d’éduquer ? (attention différent de « à quoi sert l’école ? »)
III.1L’éducation : un droit universel
Pourquoi éduquer ?
D’abord parce que c’est un droit universel. C’est-à-dire un ensemble de valeurs que
les hommes d’État ont déclaré comme positives et devant être défendues,
privilégiées.
Donc l’éducation comporte de nombreux enjeux éthiques (moraux, c’est-à-dire de
l’ordre de la morale – bien / mal, des valeurs : ce qui est juste ou important).
Le droit de toute personne à l’éducation, a été consacré dans (entre autre) :
- la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (article 26) :
- la Déclaration des droits de l’enfant 1959 (Principe 7)
- le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966
- la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination raciale 1969 - la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des
femmes 1979 - la Convention internationale des droits de l’enfant (ONU) 1989
Détail de trois textes :
Remarquer les ressemblances / différences avec les 3 raisons énumérées début du III.
Remarque les ressemblances / différences entre les 3 citations
La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (article 26)
- Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins
en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental - L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et
au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les
nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des
activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. - Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à
leurs enfants.
La Déclaration des droits de l’enfant 1959 (Principe 7)
L’enfant a droit à une éducation qui doit être gratuite et obligatoire au moins aux
niveaux élémentaires. Il doit bénéficier d’une éducation qui contribue à sa culture
générale et lui permette, dans des conditions d’égalité de chances, de développer
ses facultés, son jugement personnel et son sens des responsabilités morales et
sociales, et de devenir un membre utile de la société.
La Convention internationale des droits de l’enfant (ONU) 1989 (article 29),
l’éducation est un droit garanti par les États, et doit avoir les objectifs suivants :
- Favoriser l’épanouissement de la personnalité de l’enfant et le développement de
ses dons et de ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs
potentialités ; - Inculquer à l’enfant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
et des principes consacrés dans la Charte des Nations Unies ; - Inculquer à l’enfant le respect de ses parents, de son identité, de sa langue et de
ses valeurs culturelles, ainsi que le respect des valeurs nationales du pays dans
lequel il vit, du pays duquel il peut être originaire et des civilisations différentes
de la sienne ; - Préparer l’enfant à assumer les responsabilités de la vie dans une société libre,
dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance, d’égalité entre les sexes et
d’amitié entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et
avec les personnes d’origine autochtone ; - Inculquer à l’enfant le respect du milieu naturel.
Cependant on peut se faire la réflexion : pourquoi ce droit à l’éducation ? Pourquoi
ces textes internationaux privilégient ces valeurs-là ?
C’est finalement un choix : ces valeurs-là ne s’imposent pas à nous comme des lois
de la nature ou de la physique. Ce sont les êtres humains qui les ont choisies et
déclarées universelles.
III.2Éducation et valeurs
O.Reboul (les valeurs de l’éducation, 1992)
Ce philosophe de l’éducation montre que la question des valeurs est centrale pour
l’éducation.
Qu’est-ce qu’une valeur ?
Pour faire vite (ce terme sera approfondi en TD partie 1 connaissances du milieu), ce
sont des croyances et convictions d’un individu ou d’une société.
Subjectives et variables selon les cultures. Par ex, en France « liberté, égalité,
fraternité » ; « les hommes naissent libres et égaux en droit », différent des USA
« liberté » est privilégié.
III.2.1. En éducation, rien n’est neutre
En introduction de ce chapitre III Pourquoi éduquer, j’ai dit que l’éducation était un
moyen de transmission d’une génération à l’autre les savoirs humains accumulés dans
l’histoire de l’humanité afin de :
• garantir la paix grâce à la cohésion sociale ;
• épanouissement personnel (développement de la personnalité) ;
• intégration sociale de l’individu (éviter l’exclusion sociale).
Mais l’éducation ne sert pas toujours ces valeurs-là ?
Elle peut servir d’autres valeurs : brider les esprits, imposer certaines règles et
normes et donc empêcher les hommes de se révolter (de contester les règles établies)
Cette idée vous permet de comprendre que le terme « valeur » renvoie à un
jugement : - ce qui est « bien » et ce qui est « mal »,
- ce qui est « bon » ou « mauvais » à apprendre aux enfants
« Refuser l’ignorance, c’est faire du savoir une valeur ». (O.Reboul, les valeurs de
l’éducation, 1992) : c’est considérer que ne rien savoir (être ignorant : ne pas savoir
lire, écrire, compter), ce n’est pas « bien », ce n’est pas « bon ».
« Il n’y a pas d’éducation sans valeurs.(…) Apprendre, c’est parvenir à mieux faire,
à mieux comprendre, à mieux être. Or qui dit « mieux » dit valeur » (O.Reboul, valeurs
de l’éducation, 1992)
Mieux ou bon pour qui ? Et pourquoi faire ? (à quoi ça sert ?) En général on va
répondre l’enfant
La proposition inverse : laisser dans l’ignorance, c’est « mieux ». Pour qui ? Et
pourquoi faire ?
Éduquer, c’est forcément se rattacher à un projet (éducatif), à un type d’homme qu’on
estime, à tort ou à raison, meilleur qu’un autre (cette notion sera approfondie en TD
pour en montrer toute l’importance et la variété selon les structures)
Autrement dit un(e) éducateur(trice) a d’importantes responsabilités quand aux choix
qu’il (elle) effectue lors de son intervention, puisque qui dit « choix » dit « valeur ».
En conséquence il (elle) possède un certain pouvoir sur les valeurs qu’il (elle)
véhicule à travers son intervention.
Cette notion de « valeurs » ne plait pas toujours aux éducateurs(trices), qui
n’apprécient pas qu’on leur rappelle ainsi leurs responsabilités et leur pouvoir.


